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“LE CENTRE FEDERAL DE FORMATION: Une prison sans barreaux ou les jeunes
détenus deviennent des hommes,” Le Devoir. November 12, 1955. Page 1 &10.  

par Jean Benoit

C’aurait fort bien pu être le pavillon d’un club de golf, ou encore un chic restaurant pour fins. gourmefs. N’eût été les hautes murailles, flanquées de tourelles aux quatre coins, l’édifice de l’administration du Centre fédéral de formation, à St-Vincent-de-Paul, m’aurait fait penser à certaines maisons cossues de Laval-Ouest.

La porte d’entrée à peine fermée derrière moi, je devais aller de surprise en surprise. Je
m’attendais à traverser deux ou trois grilles de fer cadenassées à double tour, avec à chacune un garde
armé en faction. En fait, j’ai franchi trois seuils, trois portes qui se sont ouvertes devant moi au
signal d’un bouton électrique, comme I’on en trouve dans n’importe quelle maison de rapport de
Montréal. Un garde, dans un bureau vitré, contrôle les entrées et les sorties. Comme tous ceux que je
verrai circuler dans les bureaux et dans l’enceinte de l’institution, il n’est pas armé.

Comme il m’avait fallu une permission
spéciale du Commissaire
fédéral des pénitenciers, j’étais
loin de m’attendre à visiter une
prison sans barreaux. Je me doutais
bien d’y trouver un régime
moins rude que dans les pénitenciers
proprement dits, puisqu’il
s’agit d’un Centre de formation,
mais je ne croyais pas y découvrir
un mode de vie identique à
celui des pensionnats ou des casernes
militaires

 

Car. c’est bien. Là l’impression
générale qui m’est restée des quatre
journées entières passées au
Cenlre fédéral de formation de
St-Vincent-de-Paul. J’y ai vu les
jeunes détenus en classe, au travail
dans les ateliers d’apprentissage,
au jeu dans le gymnase et
aux exercices militaires dans l’enceinte
des murs. J’ai vu les dortoirs.
le réfectoire, le parloir, tout1
comme dans les collèges. J’ai vu
des professeurs, des surveillants
en uniformes de gardes. En aucun
moment je n’ai aperçu de gardeschiourmes.

La fonction du Centre fédéral
de formation est comme son nom
l’indique, de pourvoir à la réhabilitation
de jeunes gens condamnes
au pénitencier et susceptibles d’è
ti e réadaptés à une vie honnête et
normale à l’expiration de leur peine.
Ce Centre n’est pas une école:
de réforme ou une ferme industri
elle. Tous ses pensionnaires vieil
lient du pénitencier voisin de StV’inccnt-dc-Paul,
où ils avaient été
incarcérés pour des sentences minimal de deux ans.

Deux fois par mois, cl plus souvent
si nécessaire, une commission
sélective, composée des sous-directeurs
et des préposés au classement
du pénitencier et du Centre
de formation, étudie les dossiers
et interroge les nouveaux venus
dans le but de découvrir ceux qui
donnent le moindre espoir rie réhabilitation.
Les sujets choisis seront
par la suite transférés au
Centre et soumis au programme
de formation. 

J’ai eu le rare privilège d’assister
à une de ces séances de sélection.
On m’avait énuméré les quatre
facteurs servant de base au
choix: peine maximum de cinq
ans: première condamnation pénitencière;
âges minimum et maximum
de I8 à 25 ans: détenus susceptibles
de réhabilitation. Mais,
j’ai pu constater que les membres
de la commission ajoutent à ces
facteurs un sens profond de la
compréhension humaine qui fait
que chaque détenu est certain d’obtenir
le maximum de chance pour
son transfert du pénitencier au
Centre.

A la séance particulière où j’ai
assisté, sept détenus sur neuf ont

été choisis. Dans les sept cas la
décision a été unanime. Quant aux
deux rejets, ils furent décidés
non pas d’après les dossiers des
détenus mais d’après leur altitude
devant les questions posées. 

Le rôle de la Commission sélective
est d’une importance capitale,
puisque lout le succès du Centre
de formation repose sur elle. Que
les membres choisissent un trop

grand nombre de détenus indésirables tout le programme de réhabilitation
est alors fortement
compromis.    

Les lieux

Le Centre fédéral de formation,
peut-on lire dans une brochure
rédigée par le directeur de l’Institution,
n’cxiste en réalité que depuis
le 1er août 1952. Cependant,
on en a conçu l’idée en 1929, alors
que le gouvernement fédéral décida
de faire l’acquisition du vaste
terrain situé immédiatement à
l’est du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul.

Les travaux d’excavation débutèrent
en 1929, et en 1930-31 commencèrent
les travaux préliminaires
sur remplacement tout d’abord appelé l’établissement Laval.
Des détenus étaient employés comme
niain-d’oeuvre ci au début, les
travaux de construction furent plutôt
lents. A cause du conflit mondial.
qui éclataon en 1939, et pour
d’autres considérations, le projet
lut abandonné à ce moment-là.
pour être repris activement en
1959. Des contrats furent alors
adjugés pour la construction des

principaux édifices, dont la plupart
furent, achevés à l’hiver de
1952. Le 1er avril de cette année-là, 149 détenus furent transférés du
pénitencier de St-Vinecnt-de-Paul:
ce fut la date officielle de la naissance
de celte nouvelle institution,
connue depuis 1951 sous le
nom de Centre fédéral de Formation.

La superficie à l’intérieur des
murs d’enceinte est de quelque
25 acres, dont près d’un tiers
sert de préau réservé à la récréation et la pratique des sports
en plein air. Physiquement, le
Centre Fédéral de Formation se
compose des édifices suivants:

Bureaux de direction et du
conseil d’administration, de classement
et de comptabilité; cour
du directeur; services anthropométriques; salle des surveillants
et parloir;

Deux chapelles, d’une capacité
totale de 609, pour les détenus
catholiques et protestants: 

Une infirmerie de 18 lits et
une clinique dentaire, sous la
direction d’un chirurgien et
d’un dentiste; 

Un centre d’admission et d’orientation
pour les nouveaux
venus; 

Un bloc cellulaire (actuellement
en construction); 

Trois centres d’apprentissage,
d’une capacité de 200 élèves,
pour renseignement primaire de
17 métiers; 

Un gymnase, servant également
de salle de récréation, de
théâtre et de cinéma, d’une capacité
de 600 personnes; 

Une bibliothèque, contenant
plus de 3,000 ouvrages divers,
et de nombreuses revues locales
et; étrangères; rédigées en français
et en anglais; 

Une école de trois classes,
d’une capacité totale de 60 élèves,
sous la direction d’un maître
d’études et de deux adjoints; 

Une cuisine principale, flanquée
de deux réfectoires d’une
capacité totale de 600 personnes,
où les détenus prennent
tous leurs repas; 

Un magasin central, pour la
réception, vérification et distribution
des approvisionnements; 

Une lingerie et une buanderie; 

Des ateliers d’entretien et de
construction générale;

     

Quatre dortoirs d’une capacité de 100 lits chacun. Les dortoirs ont dix étages. Chaque
étage comporte deux ailes distinctes,
composées chacune d’une
salle d’ablution, d’une salle
de récréation, de trois chambrées
de six lits chacune, de
sept chambrettes individuelles, auxquelles les détenus sont assignés au mérite. Les deux ailes
de chaque étage sont séparées
par un bureau cloisonné à l’usage
des surveillants en service.
Les détenus font eux-mémes le lavage et le repassage
de leur linge personnel, dans
les salles d’ablution, qui sont
munies de cuves, séchoirs à la
vapeur, planches et fers à repasser.
La literie est lessivée
à la buanderie centrale. Les
salles de récréation servent de lieu de réunion durant les heures
libres, soit pour lire, écrire écouter la radio, jouer aux cartes, aux dames, aux échecs, etc…

Programme formateur

A leur admission au Centre Fédaral de Formation, les nouveaux venus, qui sont transférés en

groupes d’une vingtaine par mois

s’ont d’abord admis au centre d’orientation, ils sont interviewés dès le debut par le directeur et par la commission de classement. 

Cette commission est le pivot de l’application du programme de traitement des détenus. Elle se compose du sous-directeur, de l’aumonier du maître d’études, du chef de cuisine, et des préposés au classement, à l’apprentissage et aux travaux. Elle se réunit hebdomadairement, pour déterminer le programme d’orientation des nouveaux arrivées; étudier certains cas particuliers; modifier le programme de certains autres; examiner les demandes de clémence et suggérer la liberation prématurée et conditionelle des cas méritants.

Au cours de cette période d’orientation de quatre semaines, les réglements, privilèges et obligations sont expliqués à fond aux nouveaux venus. Ils suivent des cours de culture physique, participent à des jeux organisés, reçoivent des instructionss en sociologie, en hygiene physique et mentale, etc. Ils sont soumis à des tests d’aptitude, en vue de les
diriger diriger vers l’apprentissage d’un métier de leur choix. A la fin de cette période de quatre semaines, ils sont assignés à une

chambree et sont habituellement placés dans une équipe de travail comme manoeuvres en attendant l’occasion de commencer leur apprentissage. Lorsque ce moment est venu, en leur enseigne

d’abord les éléments du métier choisi, et ils sont ensuite versésà un cours de formation proprement dit.

On enseigne, l’apprentissage des métiers suivants:

Ajustage mécanique

briquetage

dessin industriel
ébénisterie

électricité

finissage

forge

maçonnerie

mécanique automobile

menuiserie

métal en feuille

plâtrage

plomberie

rembourrage

tuyauterie

vernissage

soudure.

Ces cours, d’une durée moyennes de dix mois, correspondent à ceux donnés par les centres d’aprentissages provinciaux, subventionnes par le gouvernement provincial, les entrepreneurs généraux en construcction de batiments, et les syndicats ouvriers. Ces cours sont donnés dans de vastes ateliers, eclairés à profusion, munis d’outillage des plus moderne, par des techniciens diplomés d’écoles techniques d’arts ou de metiers, à la solde de l’institution. Ces instructeurs avaient acquis de l’expérience pratique dans l’industrie, avant leur engagement: après leur entrée au service pénitentiaire, ils ont reçu une formation pédagogique solide. Les classes se composent d’un nombre maximum de 15 élèves dont les progrès sont notés et enregistrés mensuellement. A la fin de leur apprentissage, les élèves sont affectés aux équipes d’entretien et de construction, pour y acquerir de l’expériencce pratique, jusqu’au jour de leur libération.

Lcs détenus travaillent de 8 h.

à 5 h., du lundi au vendredi inclusivement. Le samedi avant-midi est réservé au nettoyage général des locaux. Les offices religieux ont lieu vers 8 h. 30 le dimanche matin: immédiatement apres, les détenus obtiennent, de la cantine, des cigarettes, du tabac,des friandises, et autres menus articles, à même le résidu de à leur pécule. Les détenus sont rémunières à raison de 12, 18, ou 24 sous par jour, selon leur anciennete, leur conduite, leur travail et leurs bonnes dispositions.

A tous ceux qui n’ont pas obtenu leur brevet d’études de sixiéme année, on enseigne au minimun les elements de la langue francaise, de la langue anglaise, et de l’arithmétique. Plus de 150 détenus poursuivent, dans leur  temps libre, l’étude de coins divers. 

Par correspondance. Exceptionnellement, on enseigne également à l’école le solfege,la musique, la peinture, le dessin artistique et commercial, le dactylographie, la sténographie, comptabilité et les écritures.  

Des offices religieux ont lieu

tous les dimanches et jours de fêtes
religieuse. Les détenus catholiques et protestants y assistent, 

dans deux chapelles distinctes. Une retraite d’une semaine est prêchée annuellement à tous les détenus par des prédicateurs étrangers, durant la première semaine du carême. L’aumônier est en service régulièrement tous les jiours. Il circule à volonté dans l’institution, les ateliers et parmi les équipes, et accorde des entrevues particulières aux détenus

qui le demandent. Le Centre Fédéral de Formation est le seul pénitencier canadien où le Messe de Minuit est célébrée.

  

Les détenus sont autorisés à recevoir la visite de leurs parents immédiats une fois par mois. 

Normalement cette viste est d’une durée d’une demie heure. Ce privilège est accordé 

sur semaine et, exceptionnellement, le dimanche, lorsque les parents demeurrent à une distance considerable de l’institution 

ou que leurs occupations les empechenent de venir sur semaine. Les détenus ont la permission d’écrire une lettre par semaine

à. leurs parents de qui, cependant, ils peuvent recevoir autant de lettres que ces derniers veulent leur en écrire.

Les détenus de conduite, travail et disposition» exemplaires profiteront à peu près tous du privilège d’une libération conditionnelle surveillée. Depuis la fondation de l’institution au 31 mars 1955, de 499 détenus libérés, 329, soit 66%, ont bénéficié d’une réduction moyenne de trois mois de peine.

….      

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“Mountain Prison, known as "Buchenwald” to the Sons of Freedom Sect, is situated five miles northwest of Agassiz, B.C. in the Fraser Valley on a prison reserve of one hundred and fifty-eight acres. The prison itself is situated at the foot of Burnside Mountain overlooking fertile farm land and just north of a section of the Fraser Valley which suffered considerable flood damage in 1948.

Construction of this $300,000 maximum security prison commenced in May 1962 and the prison was in operation by July of the same year. All buildings, and their furnishings are metal on cement slabs. The male and female sections are separated by an eight foot barbed wire fence and the two sections are encircled by an eight-foot mesh fence.

The female section is comprised of a combination washroom and hospital, combination kitchen and mess, and one dormitory; is built to accommodate fifty inmates, and has a population of 13. This section is staffed by 9 matrons and supervised by the male administration.

The male compound consists of four dormitories, combination hospital and washroom, and a combination kitchen and dining area. This section is built to accommodate two hundred inmates, has a population of 86 and a total staff of 22.

All administration buildings, including male and female staff quarters, workshop, two-stall garage, stores, visiting room and officer, are constructed outside the perimeter mesh fence overlooking the prison compound.

Immediately after the prison was opened in July 1962, the staff was confronted with a display of stripping and nude parading followed by a fourteen-day fasting which the rebellious inmates would not even pick up their own bedding. All buildings in both compounds are equipped with old fashioned, pot-bellied, wood-fired stoves. The inmates are expected to cut the wood which is hauled in four foot lengths from the nearby Experimental Farm to be used for heating, cooking, etc. This is resented by the inmates who do not believe they should be doing any work. As a result of their attitude, it has been impossible to introduce a proper inmate training programs and, consequently, the inmates are not provided with newspapers, books, radios, tobacco or sports equipment.

The Freedomites prepare and cook their own meals which consist mainly of vegetables, eggs, cheese, etc., and contain no meat or meat products. The majority of them eat more than is required and consequently are over-weight and flabby. 

They are a communal sect and during visits between the two sections which are limited to one half-hour visit each month, their general topic of conversation pertains to discussions on the welfare of their relations.  These unpredictable people refuse to think as individuals and all requests and demands made upon the administration are made as a group. 

Almost  one  year to the day after Mountain Prison  commenced operations, and after many meetings and a prayer service  by  the  inmates, they requested to see the Superintendent.  The officer in charge  realized the precariousness  of the tense situation and contacted the Superintendent immediately, who returned to the prison from Victoria.  Upon his arrival all  the  inmates gathered around him and their declaration of a ‘fast unto death’ was read by one member. This was received in writing and was later to become  a  legal document.

The subsequent fast which began on July 21, 1963, and lasted one hundred and two days hospitalized ten inmates and resulted in the death of one Freedomite. On the advice of the attending physician, the staff  was forced to feed one hundred inmates for approximately two  and a  half months. Because of the limited staff force and acts of violence by some inmates, it was necessary to call upon  the parent  institution, a medical team, and a number of prevailing
rate employees for assistance.

A crucial time during the fast period came with the arrival of approximately seven hundred trekking Doukhobors from Vancouver  and the  interior of B.C. They arrived in cars, trucks, and  buses,  and set up camp at the east entrance to the prison, less than one-quarter of a mile  from  the prison compound. Visits and corresponding privileges with the inmates are not allowed and the trekkers, therefore, resorted to climbing the nearby mountains from where the shout and signal greetings to the inmates. 

Now with winter approaching, activity in the tent town has been brisk. Approximately one hundred and ninety of their crude shelters are being covered with wooden frames, cardboard  and  plastic,  or any  other material that can be gathered from the countryside and from the nearby garbage dump. They are gathering wood for heating and cooking on the makeshift stoves with pipes from old one-quart fruit  juice and oil cans.

Weekends find the road to Mountain Prison and "tent town" jammed with Canadian  and United States tourists seeking a glimpse of these poor confused renegades who have defied all the laws of our land. 

What happens next to this radical  sect is unknown.  The forthcoming winter, with its rainfall and winds which could reach a velocity of sixty miles an hour will, no doubt, test the will of the trekkers to remain at the gates of Mountain Prison.

One thing appears certain, unfortunately. The leaders of the Sons of  Freedom Doukhobor Sect will continue more vigorously than ever to rule the rest of the sect by terror, threat  and  indoctrination. They will continue to despise man-made laws, destroy property,  and  seek public sympathy. All for a cause which we — or  they themselves — cannot understand.”

– Superintendent Raymond Wilson, Mountain Institution, “Mountain Prison’s Fanatical Sons,” Federal Corrections. Volume 2A – No. 4. September-October-November 1963.

Photograph shows two elders of the Sons of Freedom

‘trekkers’ outside of Mountain Prison, in the Agassiz camp, protesting the death of an inmate on fast. Source is

Doukhobor Genealogy Website. From the private collection of the George Henry (“Timothy”) Eaton family, West Vancouver, British Columbia.

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“Prison sans barreaux,” Le Soleil. October 8, 1960. Perspectives Magazine, Vol. 2, No. 41. Pages 18-21.
—   

Au Camp de pré-libération de Valleyfield, on fait confiance aux détenus et la porte reste ouverte

Textes et photos d’Alain Stanké


QUAND, en février 1959, les citoyens de Valleyfield ont appris que le ministère de la Justice allait ouvrir une “succursale" du pénitencier de Saint- Vincent-de-Paul dans leur ville, ils ont manifesté fort peu d’enthousiasme. Dans une industrie voisine de l’emplacement prévu, les femmes des employés ont prétendu que travailler dans les parages d’une prison — et sur ­tout d’une prison dont les portes resteraient ou ­vertes — était risqué, sinon dangereux.

Voilà pourtant un an et demi qu’existe le Camp de pré-libération et il n’est pas encore survenu d’incidents fâcheux à cause d’un seul détenu! Cette “prison sans barreaux" était la première institution du genre au Canada. Devant le succès de l’expérience de Valleyfield, le ministère a orga ­ nisé un autre camp du même genre à William’s Head, en Colombie britannique, et les autorités laissent entendre que d’autres camps analogues seront bientôt inaugurés à travers le pays.

Autour de celui de Valleyfield. il y a une clô­ture, qui ne sert cependant qu’à éloigner les visi ­teurs importuns, assure M. Michel LeCorre, l’instigateur de la création du camp. Aucun garde ne la surveille. D’ailleurs, les gardes ne sont jamais armés dans l’enceinte du camp; les détenus n’ose­ raient pas violer le code d’honneur qu’ils ont accepté de respecter.

Dès l’arrivée d’un nouveau pensionnaire, le directeur, M. René Lalonde, lui fait toujours re ­marquer que “au-dessus et au-dessous de la clôture, il y a du fil de fer barbelé. Si vous projetez de vous évader, empruntez donc de préférence la porte principale, qui est toujours ouverte. Ne ris ­ quez pas inutilement de déchirer vos vête­ments …”

A Valleyfield, la règle repose sur la confiance mutuelle. “Voilà le secret de notre succès, note le major Grégoire Surprenant, assistant-directeur du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul. On peut dire que plus de 95 p.c. de nos détenus ont bon coeur. Ils feraient l’impossible pour rendre service, à condition qu’on le leur demande. Malheureuse ­ment, personne dans leur vie ne leur avait jamais rien demandé …

"Dans notre camp, nous faisons confiance aux  détenus. Une confiance entière. La chose est d’autant plus possible qu’ils sont peu nombreux: il n’y en a jamais plus de 100, que surveillent 50 gardes. C’est dans un climat de responsabilité et d’initiative per sonnelle que ces hommes préparent leur retour dans la société. Des 258 prisonniers sortis de ce camp, seulement 12 p.c. ont récidivé.”

Il n’y a pas de cachot à Valleyfield et on n’y impose pas de sanction. Les détenus savent qu’une seule preuve d’indiscipline leur vaudra automatiquement l’unique châtiment: le retour au “pen” de Saint-Vincent-de-Paul. Ils sont d’ailleurs si fiers de la confiance qu’on met en eux qu’ils font tout leur possible pour prouver qu’ils la méritent. 

Depuis l’ouverture du camp, on n’a enregistré qu’une seule évasion. Capturé deux heures plus tard, le fuyard a sup­plié les autorités qu’on le ramène à Saint-Vincent-de-Paul. “Si je retournais auprès de mes compagnons de Valleyfield, ils me tueraient!” a-t-il expliqué. 

Cet homme avait trahi la confiante qu’on avait mise en lui. Il savait que ses compagnons de détention ne lui pardon ­neraient pas son geste. Son témoignage prouve bien l’existence d’une sorte d’entente tacite chez.les détenus.

Les pensionnaires de Valleyfield sont choisis d’après la nature de leur infraction et de leur bonne conduite au péniten­cier. “Encore faut-il, ajoute le major Surprenant, que cette bonne conduite n’ait pas pour seul motif le désir d’être libérés au plus tôt afin de récidiver.”

Les détenus coupables de

violences ou de tentatives d’évasion sont au ­ tomatiquement éliminés de la liste des candidats. Le prisonnier n’est d’ailleurs jugé digne du transfert que si l’aumônier, le médecin, le psychiatre, le psychologue, l’instituteur, le responsable des loisirs et les gardes ont remarqué chez lui une volonté sincère de se réhabiliter.

En général, au pénitencier, le détenu passe près de 17 heures par jour dans sa cellule, où il dort et prend ses repas. A sa libération, il trouve souvent difficile de se réadapter à un régime de vie normal. Il risque de ne plus pouvoir fournir une pleine journée de travail.

Valleyfield sera donc pour lui une étape intermédiaire entre le bagne et la liberté. A Valleyfield, on prend ses repas en commun, on dort en commun dans un immense dortoir et on passe ses soirées en commun à des activités qui développent chez le prisonnier l’esprit d’initiative. Les autorités s’efforcent sur tout de le réhabituer au rythme de vie qu’il devra suivre, une fois libéré. 

Dès son arrivée au camp, il perd son numéro matricule. Il redevient un “homme”, que ses compagnons et les gardes n’appellent plus que par son nom propre. On l’occupe à des travaux divers: cueillette des légumes, préparation des repas, entretien des bâti ­ ments, réparation de boîtes postales pour le compte du ministère des Postes, fabrication de lits pour les prisons, rembourrage, couture ou réparation d’autos. Il n’y a jamais deux spécialistes d’un même métier, de sorte que les détenus sont forcés de manifester une plus grande initiative personnelle.

Aux repas, on mange autant qu’on le désire, mais tous sont avertis que, s’ils s’empiffrent, la table sera moins bien garnie le len­ demain. 

Quand ils reçoivent des visiteurs (une fois par mois), les prisonniers ne se rendent pas dans une salle commune et parlent sans la surveillance d’un garde Ils se promènent, bras dessus bras dessous, avec leur femme dans le jardin du camp ou bavardent sur une banquette, à l’ombre d’un arbre.

Ici, pas de murs froids, pas d’odeur de renfermé. Par les fenêtres du dortoir, on entend chanter les oiseaux et, près de son lit. le détenu a une berceuse à sa disposition. Sur les murs, les plus habiles ont dessiné des animaux ou des paysages. Sur les tables de chevet, presque ou pas de photos de pin-up. Elles ont fait place aux portraits de la famille, de l’épouse, du bébé qui doit avoir tellement changé depuis …

Ici, pas de regards atones; pas d’hommes hagards, le visage rongé de haine; pas de mise débraillée. Les pensionnaires sont en bonne santé, souriants et sympathiques. Quand on les questionne sur leurs délits, ils ne répondent pas comme ceux du “pen”, qui vous ré pliquent, chaque fois; ‘‘Moi, c’est une erreur judiciaire … ”

SYMPATHIQUE, ce Yvon P ……… devenu pâtissier du camp et qui sera libéré dans six mois. “ Moi, c’est idiot, dit-il, un peu gêné. Vous savez, les 25 autos américaines volées à Trois-Rivières? … Eh bien, c’était moi.” Et, le sourire aux lèvres, comme s’il se moquait un peu de lui-même, le jeune homme ajoute: “Mais c’est bel et bien fini, ces folies-là!” 

Sympathique aussi, ce “Lucky" L… . qui, malgré son prénom, n’a guère été chan ceux dans le passé. Il doit purger deux ans de  prison pour extorsion de fonds. Un gaillard costaud, une vraie armoire à glace! Pendant que les autres s’attablent, il relit la dernière lettre qu’il a reçue de sa femme. Aujourd’hui, il n’a pas faim et pour cause … Il s’en va demain! Il a passé neuf mois à Valleyfield. C’est un homme nouveau. 

Lucky a fait un premier séjour derrière les barreaux, en 1946. pour avoir tué un matelot. “ Cetait plus ou moins de ma faute, avoue-t-il. Une sorte d’accident … Je revenais de la guerre, on a bu et un gars m’a traité de “pigeon”. Je lui ai flanqué un coup de poing et il est allé se fendre la tête sur le trottoir. A quatre heures du matin, la police  est venue me réveiller pour me dire qu’il

était mort. On m’a libéré provisoirement, sous caution, mais, “pas fin", je n’ai pas comparu à mon procès et j’ai été automatiquement condamné à deux ans de prison.” 

— Y pensez-vous parfois à ce gars sur le trottoir?

— Tu parles! Depuis, je suis l’homme le plus paisible du monde.

Sympathique encore et attachant, ce détenu de 74 ans qui se plaint de maux d’estomac qu’on n’arrive pas à guérir, semble-t-il. “Ça se comprend, d’expliquer le major Surprenant. Il doit être libéré bientôt et la perspective du retour à la vie normale lui fait peur.” 

Notre vieux détenu a le trac. II fait partie de ceux qui ne veulent plus quitter la prison parce qu ’ ils se sentent trop vieux et trop seuls pour affronter de nouveau la vie incertaine d’un monde où il n’y a plus d’horaire et plus de gardes.

 

Photo captions:

1) 

Voici rentrée principale du Camp de pré-libération de Valleyfield. La porte de l’immeuble de droite reste toujours ouverte, de même que ia grille d’entrée. L’homme au

dehors est un pensionnaire qui rentre sans trop se faire prier.

2) Deux prisonniers réparent le fer d’une pioche, dans un atelier du camp, avec le même zèle qu’auraient des ouvriers libres.

3) M. Michel LeCorre a été l’instigateur et le premier directeur du nouveau camp.

4) Avec ses gravures et ses photos aux murs, le dortoir (à gauche) rappelle plutôt un collège qu’une prison. Les fenêtres ont des carreaux mais pas de barreaux! Si celles du réfectoire (à droite) sont si élevées, ce n’est pas pour décourager les évasions  mais pour mieux éclairer la salle.

5) Vu ici de dos, le major Surprenant cause avec un vieux détenu, qui  éprouve beaucoup d’inquiétude à l’idée de sa libération prochaine.

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“‘Super Max’ – It’s a solitary life of misery for convicts in special unit,” Globe and Mail. September 12, 1980. Page 05.

By VICTOR MALAREK

One at a time a few extremely dangerous convicts trudge out of their cells to exercise by themselves for an hour.

They are being punished, and for about a month their life will be sheer misery in a prison within a prison because they have no physical contact with other prisoners or with their keepers.

But their woes will not end after those 30-odds days of strict solitary confinement. Then they start a long stretch of living under intense security, segregated from the rest of the prisoners.

Their world will revolve around a tiny cell constructed completely of steel, cramped recreation areas that are monitored by cameras and close contact with prisoners, who like themselves, are some of the most violent criminals in the country.

Their world is known as the special handling unit or ‘special max.’ There are only two in Canada – one at Millhaven penitentiary in Bath, Ont., and the other at the correctional development centre in Laval, Que.

According to Millhaven’s warden, John Ryan, the units are used to protect prison society from those convicts who are bent on using violence on both the guards and fellow prisoners.

Rehabilitative value is nonexistent
Until a few weeks ago, the total population at the two units was about 50. That figure got a sudden spurt of new blood as nine inmates, who took part in the hostage-taking incident at Laval penitentiary in Quebec, were transferred to the unit at the Laval centre.

Criminologists, psychologists and prisoners alike maintain that the units have no rehabilitative value.

Pierre Landreville, a professor of criminology at the University of Montreal, said the way the units are run ‘right now, they are inhuman. I think I would have to say their only function is to break the spirit.’

But he added that he thought the units are necessary because ‘some of these people are quite dangerous.’

Fred Sweet, chairman of the prisoners’ committee at Millhaven, said in a recent interview at the penitentiary that the units should be eliminated.

‘Some of the guys they (the administrations) put into SHU are potentially dangerous convicts, but once they’re put in, you remove the potential and then they are dangerous,’ Mr. Sweet said, pounding his clenched fist – the letters F, R, E, and D tattooed on his knuckles – on a bare wooden table.

Bryan Reynolds, a 29-year-old convict serving life for murder at Millhaven, described the unit as ‘a breeding ground for violent animals.’

‘Think of living in a room the size of a toilet (bathroom) day after day after day for months on end, only the cell is worse than a…doghouse. You’d get charged by the humane society for treating dogs the way convicts are treated in SHU,’ Mr. Reynolds said angrily. He has spent nine months in the unit.

Mr. Sweet maintained that if the prisoners were treated with ‘human dignity in the first place, SHU would not be necessary.’

Dragan Cernetic, former warden of the British Columbia penitentiary, who now works in operations at Correctional Service of Canada headquarters in Ottawa, hotly defended the units in a recent interview.

‘There are only two ways you can deal with violent inmates. You can impose stringent security on, the whole prison population or you can segregate three or four of the trouble-makers in a place where they can…rot as far as I’m concerned.’

Mr. Cernetic said the kind of convict he would recommend for incarceration in a special handling unit ‘is a man who I could not take home for dinner and feel safe with him.’

On a recent tour of the unit at Millhaven rarely given to outsiders, David Page, the officer in charge of the unit, tersely described the living conditions.

‘All the cells have been completely converted to steel. A steel desk, steel walls, steels sinks, and steel toilets. All the steel is painted. The beds are bolted to the walls.’

During the visit, the convicts were locked in their cells behind massive steel doors. Lunch was being passed to them through a hole in the middle of the door. Intense security was ever present through a maze of electronically controlled steel portals.

Every movement outside the cells is closely monitored either visually or by television cameras. Guards patrol the cell block about every 45 minutes when the men are locked in their cells and peep through a tiny glass opening in the doors to ensure nothing is amiss.

Red panic buttons, in case of trouble, prominently protrude from the walls in every cubicle in the ranges.

One hour a day to exercise alone
On the Phase I block, the tightest security area, a convict’s wiry hand jutted out of a hole in the door where meals are passed. Another prisoner yelled for a guard. ‘Can you come here for a mine. It’s important. I want to discuss my welfare.’

In Phase I, Mr. Page said, inmates get out of their cells one at a time for only an hour a day to exercise.

Conditions improve as the prisoners graduate to Phase 2 and 3, where periods outside the cells and contact with inmates is increased to a little more than six and eight hours a day respectively.

It’s in those latter phases, ‘other than the fact that their movement is contained, the prisoners are a lot better off in some cases than the other inmates. The other inmates don’t have television in their cells,’ Mr. Page said.

A couple of cells have been converted into recreation rooms and mini-gyms where inmates can either play guitars, listen to music or pound out their frustrations on a heavy punching bag.

Inmates can also go outside occassionally to a yard aptly referred to by the guards and prisoners as a ‘cloister.’ They get movies twice a week.

James Hayes, a psychologist at Millhaven, said that sicne the program was started at the penitentiary ‘we’ve had no returnees. The recidivism rate is nil.

Mr. Hayes said that ‘the inmates knows very clearly what he has to do to get his release back to the normal prison population.’

The operative word is co-operation. Inmates must not be mouthy to the guards and must show they can get along with their fellow inmates in the unit.

No limit is placed on the number of visits by family members to inmates in the unit, but the convict and visitor are separated by a cage, glass and screens.

‘The visits are inhuman,’ said Mr. Sweet. ‘The prisoner sits in a cage while he visits with his family. It’s degrading.’

Of his stay in the unit, Mr. Reynolds said the intense security ‘bothers you at first but you get used to it…We’re human beings. What they’re doing in SHU is illegal…(It) is morally illegal because it is cruel and unusual punishment.’

Frank Steel, a member of the three-man board at the Correctional Service of Canada in Ottawa that decides who goes into units, said inmates who take hostages during an escape attempt are almost automatically sent there.

Other infractions leading to an incarceration are murder or or assault on a prison guard or another convict.

‘SHU candidates are those who are determined to be dangerous…inmates perceived to be particularly violent while under sentence,’ Mr. Steel said.

Confinement in the units is relatively free of bureaucratic red tape. A warden holds an in-penitentiary review of the cases and makes a recommendation that goes to regional headquarters and then to the special handling unit in Ottawa.

The board is made up of the deputy comminisioner of security, the head of offender programs and the director-general of medical services.

‘Once we recommend SHU, the case is reviewed monthly at the institution and every six months at national headquarters. Every six months we go to the SHUs and interview those inmates who wish to be interviewed. Usually they all want to be interviewed,’ Mr. Steel said.

Cases reviewed every month
‘We talk about thee progress he’s been making and sometimes give him an indication of when he can expect to be released to the normal population. Our biggest complaint (from the inmates) is the perceived capriciousness of the system and the uncertainty of when an inmate can expect to be released.’

The average stay in the unit is between 18 months and two years, Mr. Steel said.

One convict, who was involved the hostage-taking incident at the B.C. Penitentiary in June, 1975, in which Mary Steinhauser, a classification officer, was killed by prison guards, was released last June from the Millhaven unit.

Paul Caouette, executive secretary of the Union of Solicitor-General Employees, vehemently defended the use of the units, ‘especially when it involves the safety of the guards.’

Mr. Caouette warned that if politicians ever fell to the demands of prisoners’ rights groups of convicts to ban the units, they would see a rapid dwindling in the number of guards.

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“Evasions à Archambault,” La Presse. September 11, 1980. Page B12.

La police recherche deux prisonniers qui se sont évadés, tôt hier, du pénitencier fédéral Archambault à sécurité maximale. 

Michel Lafleur, 30 ans, qui purge une peine de 11 ans pour divers crimes, et Gilles Lavery, 23 ans, en prison pour 10 ans pour tentative de vol à main armée, tentative de meurtre et une évasion antérieure, ont tous les deux été décrits par la police comme étant «très dangereux».
 
Ils se sont évadés de la prison de Sainte Anne-des-Plaines, au nord de Montréal, vers 01h00 hier matin, après avoir scié les barreaux de leur cellule. La police et les autorités du pénitencier ont refusé de donner d’autres détails.

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“La prise d ’otages,
l’épouvante moderne,” La Presse. September 5, 1979. Page I-2.

par
Chris MORRIS

DORCHESTER, N.-B. (PC) – Un prisonnier

transféré du pénitencier
de Millhaven en Ontario
à la prison du 19e siècle
à sécurité maximum de
ce village de l’est du
Nouveau-Brunswick a
dit que c’était commes il était passé d’Auschiwtz à un camps de
scouts.

S’ils en est ainsi, pourquoi
ce pénitencier semblable à une forteresse
avec ses murs de pierre
et ses tourelles fu t-il le
lieu de ceré cit d’épouvante
moderne: la prise
d’otages?
Il semble que les deux
drames de ces deux dernières
années ne furent
que des aberrations et
non des manifestations
du mécontentement répandus parmi les 300
prisonniers de Dorchester.

Situé sur une colline
parmi des terres de culture
près de la frontière
entre

le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse, 

ce pénitencier sombre , à l’aspect
rébarbatif, est considéré

comme
relativement agréable par les criminels
et l’administration.

Qu’on leur laisse le
choix et beaucoup de
endur cis prisonniers
iront à Dorchester plutôt
qu’à une autre maison
de détention. L’un deux
a déclaré dans une interView
que les conditions y
étaient meilleures que
dans tout autre pénitencier,
prisonniers et gardes
y étant plus amènes.

Depuis janvier 1978, il
y a cependant eu là deux
prises d’otages. — des
gardes.

La pire des deux, selon
le directeur suppléant
Gerald G reen, fut la
deuxième, du 30 avril au
2 mai 1979.

Un fou furieux
Un condamné à 14 ans
pour tentative de meurtre
s’est emparé d’un
garde et d’un professeur
d’atelier et les a torturés.

M. Greene raconte que
le prisonnier Gerald
MacDonald a arraché
les ongles du professeur
au moyen de tenailles et
lui a brûlé les mains. Le
garde a été libéré apres
avoir été frappé à l ’estomac à coup de tournevis.

M. Greene dit que
MacDonald a va it alors
le cerveau dérangé.
Une prise d’otages au
début de 1978 a duré 128
heures. Deux détenus du
Québec ont enlevé un

garde et réclamé leur
transfert à un péniten­cier de leur province
natale.

Personne n’a été blessé
au cours du siège et
les prisonniers furent
plus tard transférés à
une unité spéciale du
pénitencier à sécurité
maximum de Laval, au
Quebec.

M. Greene dit que les
gardes n’en sont pas
devenus amers pour
autant et que l’on n’a
pas pris depuis de pre ­cautions spéciales.

Dorchester est un établissement à sécurité
moyenne plus qu’à sécurité maximum comme
Millhaven à Kingston en Ontario. IL y a une salle
de visite grande ouverte
ou les prisonniers assis à
des tables peuvent causer
avec leurs hôtes et
même les étreindre. Et
les relations sont plutôt
bonnes entre prisonniers
et gardes.

Selon M. Greene, il
serait facile de prendre
des otages, particulièrement au cours de collo ques ou durant les leçons
aux prisonniers dans les
ateliers.

«Ce n’est pas (la prise
d’otages) quelque chose
que l’on peut arrêter par
des mesures supplémentaires
de sécurité: bien
plus, ces mesures mêmes pourraient gâcher
les relations avec les
détenus.

«Si l’on prend trop de
précautions, les prisons
ne deviennent rien d’autre
que des enclos pour
animaux dangereux, ce
qui n’a pas de sens.»

Comparaisons

M. Greene trouve les
détenus des Maritimes
différents des autres. Ils
ne sont pas. en général,
des criminels aussi
«sophistiqués» que ceux
de l’O n ta rio et du Québec.
dit-il.

«Nous n’avons pas
vraim nt de crime organise
et cela compte en
m atière de sécurité.»

Jack McLaughlin, âgé
de 41 ans, vient de Montréal. Il purge une sentence
de dix ans et il
reconnaît que les mesures
de sécurité et la
composition de la population
pénitentiaire sont
différentes de celles des
prisons ou il a séjourné
de puis l’âge de 21 ans.
C’est lui qui a compa­ré Dorchester et Millhaven.
respectivement,
à un camp de scouts et à
Auschwitz.
«J’ai constaté»

dit-il,
que la plupart des prisonniers, ici, viennent disent
des Maritimes. Ils n’ont
pas passé par des unités
spéciales comme celles
du Québec et de Millhaven
où les gaz lacrymogènes et les coups
sont d ’usage courant.

«Les prisonniers d’ici
trouvent ça dur, mais il
n’y a pas eu de vraie sémeutes. Il y a rarement
des batailles, et quand il
y en a c’est aux poings .
Depuis trois ans que je
suis ici, aucun prisonnier s’a été grièvement
blessé.»

McLaulghlin parle avec beaucoup d’amertume
de Millhaven de mauvais traitements et d’actes
de brutalité qu’il attribue
aux gardes.

Faisant à l’envie des
comparaisons entre
Millhaven et Dorchester,
il dit qu’à ce dernier
endroit, contrairem ent
aux autres pénitenciers
et prisons qu’il connaît les gardes disent

«bonjour» le matin aux
prisonniers et s’informent de leur état de santé.

D’après McLaughlin,
s’ il y a jamais des prises
d’otages, des arrêts de
travail, des grèves sur le
tas à Dorchester , ce ne
peut être que par suite
de l’accumulation de
frustrations. Un incident
mineur, la goutte proverbiale qui…

Membre du comité de
liaison entre les prisonniers
et l’administration, McLaughlin dit
qu’il ne se soucie pas des
pénitenciers qui ne peuvent,
de toute façon,
aider à la réhabilitation
des criminels.

«Je ne m’intéresse
plus à rien. Je n’ai pas
de sentiments . Voilà ce
que le système carcéral
a fait de moi.

«Je n’ai absolument
plus de sentiments. Je
suis devenu froid.»

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“Les jours de grande violence sont-ils
révolus dans les prisons canadiennes?” La Presse. September 5, 1979. Page I-1.

par Gérard McNEIL

de la Presse Canadienne

Un Canadien sur 1,000 se trouvera,
cette année, dans l’une des
prisons municipales ou provinciales
du Canada ou dans un pénitencier
fédéral.

Et beaucoup réagiront comme
Gilbert Rondeau quand il a passé
dix jours dans une prison provinciale
du Québec le printemps
dernier.

Député aux Communes, de
1962 à sa d éfaite aux élections
générales du 22 mai, R ondeau
était fervent partisan de la rigueur
envers les condamnés. La
prison a modifié ses idées.

«C’est une vraie maison de fous,
déclara l’homme âgé de 51 ans
trouvé coupable de fraude. C’est
un système cancéreux que l’on
veut correctif mais qui ne corrige
absolument rien»

Beaucoup de prisonniers seraient
d’accord avec Rondeau.
Les conditions intérieures ne
sont pas adaptées à la dissuasion
ni à la réhabilition. Beaucoup de
prisons sont surpeuplées avec
des installations désuètes. 

Et, ce qui est peut-être plus
important

— du moins pour les

prisonniers

ces établissements symbolisent un avenir
sans espoir.

Souvent cette situation provoque
la violence entre prisonniers,
et entre prisonniers et
gardes. Toutefois, on a lieu de
croire que les jours de grande
violence, les jours vraim ent
m auvais de 1975 et 1976, sont
révolus. Cela peut dépendre du
gouvernement fédéral progressiste-conservateur. 

Vers le calme?

Les spécialistes pensent que si
le gouvernement met en vigueur
la législation recommandée en
1977 par un sous-comité parle ­
mentaire, les incidents graves
seront rares.

De fait, leur nombre a passablement
décru au cours des années
1970, les prisonniers attendant
quelles réformes le gouvernement
instituerait par suite des
recommandations du sous-comité
parlementaire.

En 1976, les détenus menaçaient de détruire le système
pénal en causant de lourds
dommages à trois pénitenciers
fédéraux à sécurité maximum:
Laval au Québec, Millhaven en
Ontario et en Colombie-Britannique.
En 1975 et 1976, il y eut dans
les institutions fédérales 69 incidents
graves dont 35 au cours
desquels les prisonniers prirent
92 otages.

L’an dernier ainsi qu’au cours
du premier semestre de 1979, il
n’y eut que deux événements
qualifiés de graves et, par comparaison
avec ceux du passé, ils
furent bénins.

«Ce que nous considérons
maintenant m ajeur aurait été
ju g é m ineur il y a quelques a n ­
nées», a déclaré M. Howard
Mansfield, principal analyste de
la sécurité du système fédéral.

Après les désordres de 1976, la
sous-comité parlementaire trouve
le système pénitentiaire en
état de crise, sa direction
«épaisse» et inefficace, les gardes
brutaux et sans surveillance,
et les détenus furieux.

Inaction
officielle


Les 13 membres du sous-comité,
représentant les quatre
grands partis aux Communes,
recommandèrent à l’unanimité
65 réformes dont plusieurs ne
sont pas encore en vigueur.

Mais le rapport du sous-comité
est devenu une sorte de bible qui
a enseigné aux détenus comment
le systèm e fonctionne et comment
il devrait fonctionner. Ce
qui importe davantage, il leur a
donné espoir. Ils semblent compter
moins sur la violence et da ­vantage sur la publicité.

D’une série d’interviews de la
Presse Canadienne avec des forçats,
d’anciens bagnards et des
fonctionnaires d’institutions
pénitentiaires, il ressort que l’insuffisance
de la formation de
gardes, les longues périodes
d’ennui et la pauvreté des installations
demeurent les principaux
problèmes.

On semble d’accord que si l’on
ne modifie pas le système pénitentiaire,
il y aura d’autres actes
de violence, d’autres soulèvements.

Mais on n’est pas d’accord sur
la question de savoir si les conditions
se sont améliorées depuis
que l’on a donné suite à quelques

recommandations du sous-comité.

A en croire un ancien forçat de
Laval, le vieux pénitencier malfamé de Saint-Vincent-de-Paul à
Montréal, il y aurait là plus de
répression que jamais et davantage
de tentatives de suicide.
Toutefois, les institutions du
Québec ne constituent pas un
microcosme du système pénal
du Canada. La violence y sévit
plus que partout ailleurs et des
détenus soutiennent que les gardes
sont promis en raison de leur
brutalité.

Les gardes

Un fonctionnaire de Millhaven
dit que les gardes reçoivent
maintenant une meilleure formation
et que les conditions sont
meilleures. Un autre prétend
qu’il reste des gardes très durs
envers les détenus.

A Stony Mountain au Manitoba,
on a formé un groupe de
«living unit officers» (agent vivant
sur place) chargés de rendre
la vie plus tolérable pour les
détenus. Ces gardes ne portent
pas d’uniforme, ils sont en permanence
affectés aux cellules et
conseillent les prisonniers. Des
fonctionnaires louent l’efficacité
de cette mesure; d’autres la
nient.

«C’est une farce, dit un ba ­gnard. Autrefois, ces gens
étaient des gardes norm aux de
tous les jours.

«Et tout à coup on en fait des
conseillers sans qu’ils aient reçu
de formation».

Un fait que l’on ne conteste
pas. C’est que l’autorité pénale
semble écouter davantage les
prisonniers.

«Je pense que l’on profite davantage de la correspondance,
dit M. Mansfield. Les détenus
reçoivent maintenant une réponse,
et qui n ’est pas cavalière».

Quand un prisonnier est accusé
d’un délit, c’est un président
indépendant et non plus seulement
le sous-directeur qui écoule
sa version. On a encouragé la
formation de comités de prisonniers
et de citoyens qui souvent
s’efforcent ensemble de corriger
une situation qui, dans le passé,
aurait donné lieu à un affrontement.

Le «commissaire correctionnel»
Howard Yeomans n’est pas
spécialiste des prisons mais s’y
connaît en administration. Il
exige des rapports suivis et,
dans une certaine mesure, a mis
de l’ordre dans ce qui était un
fouillis.

Formation
inutile


Depuis nombre d’années, les
prisons fédérales avaient des
programmes de formation mais
il a fallu l’enquête du sous-comité
en 1976 pour qu’on sache que
les certificats remis aux prisonniers
ne les aidaient nullement à
obtenir un emploi.

Les cours de métier qu’on leur
dispense sont maintenant reconnus
par les provinces, ce qui
donne aux prisonniers libérés la
chance de trouver du travail.

Le Parlement a amendé la loi
des libertés conditionnelles pour
rendre la vie plus dure aux prisonniers
dont la libération est
annulée. A l’intérieur du système,
on a formé deux unités spéciales
l’une à Millhaven et l’autre
à Montréal.

Quiconque prend un otage,
s’évade ou comme et un acte de
violence en prison se retrouve
dans cet unité pour au moins dix
mois.

Il y est enfermé 19 heures par
jour avec un appareil de télé
comme seule distraction. Les
cellules ont trois murs d ’acier et
un en béton. Elles sont éclairées
24 heures par jour.

Un prisonnier de Milhaven
s’est crevé les yeux dans l’espoir
qu ’on le renverrait aux Etats-Unis
et qu’il y obtiendrait la libération
conditionnelle. Il sera libéré
mais il est aveugle d’un oeil
et voit à peine de l’autre.

L’oisiveté

A la prison de Winnipeg, deux
prisonniers se sont suicidés
après huit mois de réclusion
dans des cellules ressemblant à
des alcôves avec des toilettes à
la vue de tous. Comme dans la
plupart des prisons, ils n’avaient
rien à faire.

Il semble que les installations
physiques, le désespoir et un
ennui mortel portent au suicide
dans les prisons. D’après l’Association
canadienne des libertés
civiques, le taux des suicides
chez les prisonniers est 12 fois
plus élevé que dans le public en
général.

Directeurs, gardes et prisonniers
s’inquiètent du nombre
croissant des condamnés à un
minimum de 25 ans pour meurtre
au premier degré et à un minimum
de 10 à 25 ans pour meurtre
au second degré.

Plus de 1,000 prisonniers croupissent
en prison pour avoir tué
et depuis 1976 une centaine s’y
trouvent en principe pour 25 ans,
ne pouvant être libérés avant le
21e siècle.

D’après des fonctionnaires, vingt-cinq ans dans n’importe
quelle prison rend inapte à quoi
que ce soit quand on est finalement
libre.

Un porte-parole de la John
Howard Society, à Kingston, a
dit: «Un système pénitentiaire
est un milieu où un certain nombre
de forces s’opposent à d’autres…
C’est pourquoi nous recommandons
des institutions
plus petites où les gens (le personnel
et les prisonniers) peuvent
communiquer de l’un à l’autre».

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