Feeds:
Posts
Comments

Posts Tagged ‘correctional work camp’

“Prison sans barreaux,” Le Soleil. October 8, 1960. Perspectives Magazine, Vol. 2, No. 41. Pages 18-21.
—   

Au Camp de pré-libération de Valleyfield, on fait confiance aux détenus et la porte reste ouverte

Textes et photos d’Alain Stanké


QUAND, en février 1959, les citoyens de Valleyfield ont appris que le ministère de la Justice allait ouvrir une “succursale" du pénitencier de Saint- Vincent-de-Paul dans leur ville, ils ont manifesté fort peu d’enthousiasme. Dans une industrie voisine de l’emplacement prévu, les femmes des employés ont prétendu que travailler dans les parages d’une prison — et sur ­tout d’une prison dont les portes resteraient ou ­vertes — était risqué, sinon dangereux.

Voilà pourtant un an et demi qu’existe le Camp de pré-libération et il n’est pas encore survenu d’incidents fâcheux à cause d’un seul détenu! Cette “prison sans barreaux" était la première institution du genre au Canada. Devant le succès de l’expérience de Valleyfield, le ministère a orga ­ nisé un autre camp du même genre à William’s Head, en Colombie britannique, et les autorités laissent entendre que d’autres camps analogues seront bientôt inaugurés à travers le pays.

Autour de celui de Valleyfield. il y a une clô­ture, qui ne sert cependant qu’à éloigner les visi ­teurs importuns, assure M. Michel LeCorre, l’instigateur de la création du camp. Aucun garde ne la surveille. D’ailleurs, les gardes ne sont jamais armés dans l’enceinte du camp; les détenus n’ose­ raient pas violer le code d’honneur qu’ils ont accepté de respecter.

Dès l’arrivée d’un nouveau pensionnaire, le directeur, M. René Lalonde, lui fait toujours re ­marquer que “au-dessus et au-dessous de la clôture, il y a du fil de fer barbelé. Si vous projetez de vous évader, empruntez donc de préférence la porte principale, qui est toujours ouverte. Ne ris ­ quez pas inutilement de déchirer vos vête­ments …”

A Valleyfield, la règle repose sur la confiance mutuelle. “Voilà le secret de notre succès, note le major Grégoire Surprenant, assistant-directeur du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul. On peut dire que plus de 95 p.c. de nos détenus ont bon coeur. Ils feraient l’impossible pour rendre service, à condition qu’on le leur demande. Malheureuse ­ment, personne dans leur vie ne leur avait jamais rien demandé …

"Dans notre camp, nous faisons confiance aux  détenus. Une confiance entière. La chose est d’autant plus possible qu’ils sont peu nombreux: il n’y en a jamais plus de 100, que surveillent 50 gardes. C’est dans un climat de responsabilité et d’initiative per sonnelle que ces hommes préparent leur retour dans la société. Des 258 prisonniers sortis de ce camp, seulement 12 p.c. ont récidivé.”

Il n’y a pas de cachot à Valleyfield et on n’y impose pas de sanction. Les détenus savent qu’une seule preuve d’indiscipline leur vaudra automatiquement l’unique châtiment: le retour au “pen” de Saint-Vincent-de-Paul. Ils sont d’ailleurs si fiers de la confiance qu’on met en eux qu’ils font tout leur possible pour prouver qu’ils la méritent. 

Depuis l’ouverture du camp, on n’a enregistré qu’une seule évasion. Capturé deux heures plus tard, le fuyard a sup­plié les autorités qu’on le ramène à Saint-Vincent-de-Paul. “Si je retournais auprès de mes compagnons de Valleyfield, ils me tueraient!” a-t-il expliqué. 

Cet homme avait trahi la confiante qu’on avait mise en lui. Il savait que ses compagnons de détention ne lui pardon ­neraient pas son geste. Son témoignage prouve bien l’existence d’une sorte d’entente tacite chez.les détenus.

Les pensionnaires de Valleyfield sont choisis d’après la nature de leur infraction et de leur bonne conduite au péniten­cier. “Encore faut-il, ajoute le major Surprenant, que cette bonne conduite n’ait pas pour seul motif le désir d’être libérés au plus tôt afin de récidiver.”

Les détenus coupables de

violences ou de tentatives d’évasion sont au ­ tomatiquement éliminés de la liste des candidats. Le prisonnier n’est d’ailleurs jugé digne du transfert que si l’aumônier, le médecin, le psychiatre, le psychologue, l’instituteur, le responsable des loisirs et les gardes ont remarqué chez lui une volonté sincère de se réhabiliter.

En général, au pénitencier, le détenu passe près de 17 heures par jour dans sa cellule, où il dort et prend ses repas. A sa libération, il trouve souvent difficile de se réadapter à un régime de vie normal. Il risque de ne plus pouvoir fournir une pleine journée de travail.

Valleyfield sera donc pour lui une étape intermédiaire entre le bagne et la liberté. A Valleyfield, on prend ses repas en commun, on dort en commun dans un immense dortoir et on passe ses soirées en commun à des activités qui développent chez le prisonnier l’esprit d’initiative. Les autorités s’efforcent sur tout de le réhabituer au rythme de vie qu’il devra suivre, une fois libéré. 

Dès son arrivée au camp, il perd son numéro matricule. Il redevient un “homme”, que ses compagnons et les gardes n’appellent plus que par son nom propre. On l’occupe à des travaux divers: cueillette des légumes, préparation des repas, entretien des bâti ­ ments, réparation de boîtes postales pour le compte du ministère des Postes, fabrication de lits pour les prisons, rembourrage, couture ou réparation d’autos. Il n’y a jamais deux spécialistes d’un même métier, de sorte que les détenus sont forcés de manifester une plus grande initiative personnelle.

Aux repas, on mange autant qu’on le désire, mais tous sont avertis que, s’ils s’empiffrent, la table sera moins bien garnie le len­ demain. 

Quand ils reçoivent des visiteurs (une fois par mois), les prisonniers ne se rendent pas dans une salle commune et parlent sans la surveillance d’un garde Ils se promènent, bras dessus bras dessous, avec leur femme dans le jardin du camp ou bavardent sur une banquette, à l’ombre d’un arbre.

Ici, pas de murs froids, pas d’odeur de renfermé. Par les fenêtres du dortoir, on entend chanter les oiseaux et, près de son lit. le détenu a une berceuse à sa disposition. Sur les murs, les plus habiles ont dessiné des animaux ou des paysages. Sur les tables de chevet, presque ou pas de photos de pin-up. Elles ont fait place aux portraits de la famille, de l’épouse, du bébé qui doit avoir tellement changé depuis …

Ici, pas de regards atones; pas d’hommes hagards, le visage rongé de haine; pas de mise débraillée. Les pensionnaires sont en bonne santé, souriants et sympathiques. Quand on les questionne sur leurs délits, ils ne répondent pas comme ceux du “pen”, qui vous ré pliquent, chaque fois; ‘‘Moi, c’est une erreur judiciaire … ”

SYMPATHIQUE, ce Yvon P ……… devenu pâtissier du camp et qui sera libéré dans six mois. “ Moi, c’est idiot, dit-il, un peu gêné. Vous savez, les 25 autos américaines volées à Trois-Rivières? … Eh bien, c’était moi.” Et, le sourire aux lèvres, comme s’il se moquait un peu de lui-même, le jeune homme ajoute: “Mais c’est bel et bien fini, ces folies-là!” 

Sympathique aussi, ce “Lucky" L… . qui, malgré son prénom, n’a guère été chan ceux dans le passé. Il doit purger deux ans de  prison pour extorsion de fonds. Un gaillard costaud, une vraie armoire à glace! Pendant que les autres s’attablent, il relit la dernière lettre qu’il a reçue de sa femme. Aujourd’hui, il n’a pas faim et pour cause … Il s’en va demain! Il a passé neuf mois à Valleyfield. C’est un homme nouveau. 

Lucky a fait un premier séjour derrière les barreaux, en 1946. pour avoir tué un matelot. “ Cetait plus ou moins de ma faute, avoue-t-il. Une sorte d’accident … Je revenais de la guerre, on a bu et un gars m’a traité de “pigeon”. Je lui ai flanqué un coup de poing et il est allé se fendre la tête sur le trottoir. A quatre heures du matin, la police  est venue me réveiller pour me dire qu’il

était mort. On m’a libéré provisoirement, sous caution, mais, “pas fin", je n’ai pas comparu à mon procès et j’ai été automatiquement condamné à deux ans de prison.” 

— Y pensez-vous parfois à ce gars sur le trottoir?

— Tu parles! Depuis, je suis l’homme le plus paisible du monde.

Sympathique encore et attachant, ce détenu de 74 ans qui se plaint de maux d’estomac qu’on n’arrive pas à guérir, semble-t-il. “Ça se comprend, d’expliquer le major Surprenant. Il doit être libéré bientôt et la perspective du retour à la vie normale lui fait peur.” 

Notre vieux détenu a le trac. II fait partie de ceux qui ne veulent plus quitter la prison parce qu ’ ils se sentent trop vieux et trop seuls pour affronter de nouveau la vie incertaine d’un monde où il n’y a plus d’horaire et plus de gardes.

 

Photo captions:

1) 

Voici rentrée principale du Camp de pré-libération de Valleyfield. La porte de l’immeuble de droite reste toujours ouverte, de même que ia grille d’entrée. L’homme au

dehors est un pensionnaire qui rentre sans trop se faire prier.

2) Deux prisonniers réparent le fer d’une pioche, dans un atelier du camp, avec le même zèle qu’auraient des ouvriers libres.

3) M. Michel LeCorre a été l’instigateur et le premier directeur du nouveau camp.

4) Avec ses gravures et ses photos aux murs, le dortoir (à gauche) rappelle plutôt un collège qu’une prison. Les fenêtres ont des carreaux mais pas de barreaux! Si celles du réfectoire (à droite) sont si élevées, ce n’est pas pour décourager les évasions  mais pour mieux éclairer la salle.

5) Vu ici de dos, le major Surprenant cause avec un vieux détenu, qui  éprouve beaucoup d’inquiétude à l’idée de sa libération prochaine.

Read Full Post »

Citizen advisory committee groups have become a
strong arm in the community, reaching out to local
penitentiaries, helping to understand why resocialization
of inmates is important for the community and the
inmate. The following extracts from a story in the
Gravenhurst News portrays an incisive picture of a
citizen committee working to help correctional endeavors.
Author Michael Cole is a member of the
citizen’s advisory committee working with inmates
and staff at Beaver Creek Correctional Camp, Ont.

I am becoming more and more aware of a very special,
valuable, and unique relationship between Beaver Creek
Correctional Camp and the community in which it is
situated. This article explains why I feel we are “lucky” to
have Beaver Creek in our midst.

I say lucky because Beaver Creek affords us — the citizens
of Muskoka — an unparalleled opportunity to help the
residents of Beaver Creek help themselves get back into the
mainstream of Canadian life, and in return, we are fortunate
in reaping the rewards of the many and varied projects the
fellows from Beaver Creek have undertaken in this
community — most of them at no cost to us whatsoever.
Our relationship with Beaver Creek is a two way — give
and take — affair. But for us to give, we have to fully
understand what Beaver Creek is all about.

Briefly, for those who are unfamiliar, or are new to the
community, Beaver Creek Correctional Camp is a minimum
security penal institution situated between Gravenhurst and
Bracebridge off Hwy 11, with a resident population of about
100, and a staff of 20. There are no bars, no gates —
nothing to prevent somebody getting out — or in — at
any time. The only barrier is a bond of understanding that
exists in the minds of the residents and the administration.

There are rules, to be sure, but on any given day quite a
number of the residents travel into nearby towns to work, go

to the doctor or dentist, do volunteer jobs, or go to a movie.
Many of them get day or weekend passes enabling them to
spend a few days with their families at home.

Residents of Beaver Creek are given something rather incongruous
in a penal institution — freedom. But freedom
implies responsibility. At Beaver Creek the residents learn to
discipline themselves — they work together collectively
trying to maintain as good an image as possible in the
community. Granted, there is the odd unfortunate incident
— usually blown far out of proportion by a sometimes unfair
and ill-informed public — but by and large their percentage
of good deeds to bad is no worse (and sometimes even better)
than what exists in any office, school, or large group of
people here, or anywhere else.

In 1961, when it was announced that Beaver Creek was to
be established in this area, some people felt that the lives of
those who lived near the camp would be in danger. Others
looked at the whole project with some concern, but luckily
these fears quickly faded as people began to learn more
about the camp, and as they realized that their preconceived
notions about the camp had little or no basis in fact.

The Citizens Advisory Committee, of which I am a member,
is composed of 12 men and women chosen from all over
Muskoka. It meets regularly at Beaver Creek and acts as a
liaison between the camp and the surrounding community to
identify the needs of both groups, to try to fill these needs by
creating the situations and opportunities for the Beaver
Creek residents to involve themselves in the community.

As Rev Jim Thompson, another member of the committee
put it, “How can a person who has been artificially separated
from society for a period of time be expected to function
as a responsible citizen on release without a graduai
reintroduction into society.

"This requires mutual cooperation between the institution
and the society surrounding it, and it is in this area that we,
as citizens, can help, if only by changing our own attitudes
toward Beaver Creek.”

Examples of the many volunteer community projects that
Beaver Creek has done are too numerous to list, however
here are a few examples. They do a variety of work at the
Ontario hospitals in Gravenhurst and Orillia. Some of the
residents form a band which plays free at The Pines in
Bracebridge, during the winter carnival, and for other local
functions. Over 40 Beaver Creek men were involved doing
volunteer work during the winter carnival maintaining the fire
in front of the opera house, refereeing hockey games, marshalling
the opening night snowmobile parade, building up
the trail for the snowmobile races, and many more jobs.
They do free maintenance for the Children’s Aid at
Longhurst House in Bracebridge, and at their summer

camp. They do work for the boy scouts and girl guides,
chopping wood, and preparing campsites for them. During
the recent renovations of the Gravenhurst opera house, an
entire crew from Beaver Creek spent hundreds of hours
working on the floors and ceilings of the auditorium.

And they provide assistance to individuals, many of them
elderly, who are unable to do needed repair work on their
homes. All of this is strictly on a volunteer basis, and while
there are problems providing transportation and supervision,
Beaver Creek volunteers are available for this type of work
on an individual basis in either community.

I hope the preceeding will give the reader at least a small
insight into what Beaver Creek is all about. Again, I will repeat
that I feel we are very fortunate to have Beaver Creek
in our midst. Not only do their many community assistance
projects help us, but it affords us a rare opportunity to help a
lot of people that are eager for our understanding and assistance.
They don’t ask for anything really tangible – simply
a thank you when they do something worthwhile, a smile
now and then, and more than anything, they want an opportunity
to prove themselves. Let’s all of us give them this
chance at every opportunity. Let’s replace suspicion with
understanding.

– Michael Cole, “Prison Camp Offers Community Helping Hand.” Discussion, Vol. 2, no. 3, Sept. 1974. pp. 23-25.

Read Full Post »

“Beaver Creek Camp Inmates Team With Local Firefighters,” Federal Corrections. Volume 2 – No. 10 – August-September, 1962. p. 7.

Inmates of the Beaver Creek Correctional Camp recently joined forces with the Gravenhurst Fire Department in quelling an imaginary blaze as part of a combined practice exercise.

Commenting on the exercise, Camp Superintendent D. J. Halfhide said it was most successful, and demonstrated that the combined fire-fighting services could cope with a major fire if one should occur.

“The exercise showed that in less than seven minutes we can have maximum attack methods in operation,” he said. “Our men can have equipment concentrat,ed on a blaze in about two minutes, and the Gravenhurst fire department can be on the scene to join them about five minutes later.”

The designated Beaver Creek crew consisted of four inmates plus a stand-by group, and in two minutes and 40 seconds this crew had water playing on a building which had been designated as being “on fire” when the siren was sounded. This included mustering the crew, laying two lines of hose, and starting the fire pump.

Seven minutes after the alarm was sounded, the Gravenhurst Fire Department arrived. They hooked up the fire truck, started the booster pump, and were pumping water at 200 pounds pressure in a further four minutes.

Superintendent Halfhide said the men from Beaver Creek, with local assistance, are becoming proficient in fighting fires of two varieties. Fire Chief Roy Mathias of Gravenhurst is helping to instruct them in methods of fighting building fires; while George Elliott, chief ranger at High Falls Lands and Forests office, has worked with them in forest firefighting techniques. The crew has helped to put out bush fires throughout the Muskoka region.

Camp inmates hold weekly practices under the direction of the camp’s works officer, Ken Knister, using water lines from a storage reservoir on the camp grounds.

Read Full Post »

“Inmates Make Effective Use
of Fire Fighting Training,” Federal Corrections.  Volume 2 — No. 3. June-July, 1962

Provision of training for correctional camp inmates
in forest fire fighting techniques paid off recently
in the Bracebridge, Ontario, area, when an inmate
fire-fighting crew from Beaver Creek Correctional
Camp was able to effectively assist Ontario Lands and
Forest Department personnel in bringing a local bush
fire under control. 

The practical proof of the value of this training
came on June 16, when the camp’s Officer K. Knister
received a telephone call from the Forest Ranger’s
office at Bracebridge requesting assistance in extinguishing
a local bush fire. 

Mr. Knister selected four inmates who had successfully completed a fire-fighting course conducted
earlier at the camp, and went with them to the Santa’s
Village area. After receiving instructions, the officer
and four inmates fought the fire for approximately
seven hours alongside one employee of the Department
of Lands and Forests and two civilians, using equipment
provided by the Provincial Government.

For their labour, the inmates were paid by the
Provincial Government at $1.00 per hour. Their
cheques were received by the Accountant at Collin’s
Bay Penitentiary, the Camp’s parent institution, and
deposited in the inmates’ Trust Fund Accounts. 

In recognition of their efforts, Chief Ranger Elliott.
later telephoned Camp Superintendent D.J. Halfhide
to express the Department’s appreciation. Ranger
Elliott congratulated Supt. Halfhide on the inmates’
behaviour, and on the skill they showed in organizing
and in fighting the fire. He made particular mention
(if their use of fire hoes. and their knowledge of the
correct use of fire-fighting hand tools.

   

Read Full Post »

“Le camp de pré-libération, bel
exemple de prison sans barreau,” Le Devoir. February 13, 1960. Pages 03 & 16.

Par Marc-Henri COTE

Le camp de prélibération de Valleyfield abrite une
centaine de detenus qui n’avaient plus que quelques
mois de séjour à Saint-Vincent-de-Paul avant de recouvrer
leur liberté. Ces détenus jouissent d’une liberté
très appréciée au camp de prélibéraiion ouvert il y a
un an, dans les édifices qui formaient autrefois le camp
militaire de Valleyfield. C’est là que l’on tente avec
succès, semble-t-il, d’adapter les détenus à un retour
à la vie quotidienne, sans trop de heurts. Depuis un an,
260 y ont séjourné.

MM. Thomas M. Bell, député
de St Jean-Albert, N.-B., adjoint
parlementaire, de Thon. Davic
Fulton, ministre de la justice;
Gérard Bruchési, dépuié progressiste-conservateur
de Beauharnois
– Salaberry; Rodrigue
Bourdagcs, député progressisteconservateur
de Montréal-Laval;
le major Grégoire Surprenant,
adjoint du directeur du
pénitencier de St-Vineent-de-Paul,
ont accompagné hier un
groupe de journalistes au camp
de pré-libération de Valleyfield.

Rien de plus louable que cette
initiative qui permet d’utiliser
des installations qui sont démeurees désertes depuis la
fin de la guerre. Il y a une
bonne dizaine de cés camps militaires
désaffectés dans la province
de Québec, dont quatre
dans une region à une soixantaine
de milles de Montréal. Celui
de Valleyfield en est éloigné
de 47 milles.

La caractéristique dominante de la vie des détenus dans ce camp est une journée complète
de travail, ce que l’état actuel

de St-Vincenl-de Paul ne permet
pa». Il s’agit d’inculquer à
ceux donl la libération approche,
des habitudes plus saines,
propres à faciliter leur réadaptation
à la vie ordinaire.

Véritable prison sans barreau,
le camp de pré-libération
n’a que 29 gardes et administrateurs.
11 ne s’y trouve pas
d’armes. Tout détenu serait
entièrement iibre de le quitter,
mais jusqu’ici un seul s’est permis
une escapade.

Il était repris trois heures plus tard; regrettant son geste, il a
demandé et obtenu qu’il ne séjourne plus au camp, de peur d’y
subir l’ire de ses compagnons.

Sans doute l’experience qui se
poursuit au camps de pré-libération
de Valleyfield s’avèrera-t-elle
un succès et verra-t-on en surgir
d’autres du même genre, mais il
n’en demeure pas moins que les
installations du camp ont été
louées de l’armée canadienne par
le. ministère de la justice pouft*
une durée maximum de cinq ans.

Une ferme est adjointe à ce
canin; bien qu’elle ne soit pas
encore cultivée intensément après
une jachère prolongée, 20 tonnes
de légumes y ont été récoltés
l’an dernier. Pour le reste, l’établissement
dépend entièrement
du pénitencier de St-Vincent-dePaul
pour l’administration et
l’approvisionnement.

Des ateliers spacieux et bien
équipés offrent aux détenus l’occasion
d’cxcrccr une activité qui
leur permette à la fois de s’initier
aux rudiments d’un métier
et de se mériter un revenu minime,
avec lequel ils se procurent
du chocolat et autres douceurs.

Certains de ces ateliers, malheureusement,
n’obtiennent pas
assez de travail de divers ministères
fédéraux, c’est le cas notamment
de l’atelier de rembourrage,
dont les travaux semblent
des plus soignés; l’atelier de
tailleur est on général fort occupé
à la confection de pyjamas
et de casquettes pour tous les pénitenciers
du pays. On y fabrique
également divers sacs de petite
dimension. Les sacs de livraison
de la poste, toutefois,
sont fabriqués à Kingston et réparés
à St-Vincent-de-Paul.

La soudure est à l’honneur
dans Tatclier de fabrication mécanique; il s’agit surtout de ia
réparation des lits de fer et de
la fabrication de paniers à rebuts
pour les parcs nationaux.

L’initiation à l’entretien des
automobiles se fait dans un garage
bien aménagé 11 y a égalément un atelier de menuiserie
et un autre de peinture qui re
çnit chaque année des milliers
de boites à lettres qui sont re
tournées au ministère à l’état
de neuf.

Aucun règlement prévis ne régit
l’emploi du temps d’un détenu
après cinq heures. Il est loisible
de se récréer a l’extérieur, en
participer à des jeux d’intérieur,
de regarder la télévision.
Avant le coucher obligatoire, à
dix heures, chacun peut écrire
nu se détendre dans le vaste
dortoir où les lits des détenus  sont alignés, d’une façon qui
peut paraître un peu sommaire, surtout dans une salle au plafond
élevé qui servait autrefois de manège d’exercices militaires. Malheureusement, il y a encore
bien peu de livres et de revues
à la disposition de ceux
qui retourneront bientôt à la vie
normale.

Il est tout à l’honneur des prisonniers que la direction de rétablissement
leur rende le témoignage de la plus étroite collaboration. Un travail de géant

a été accompli en un an pour
aménager d’une façon aussi convenable de locaux abandonné.
Tout a été fait sans l’aide de
main d’oeuvrz extérieure ou de
machinerie lourde.

La salle commune qui sert en mème temps de chapelle est un
lieu de réunion fort fréquenté
par les détenus. Ils y font de la
musique; ils bénéficient du passage
de plusieurs musiciens et
artistes, c’est là également
qu’ils reçoivent des visiteurs
aux heures convenues, cette
fois, comme dans tout parloir,
dans une liberté entière de
mouvements en l’absence de
grilles ou de parois de verre.

Le camp de pre-liberation de Valleyfield est sous la surveillance
générale de M M. Le Corre, dont les principaux adjoints
sont MM O. Lalonde et Ernie
Lalonde. M. Le Corre, originaire ne Bretagne, est au Canada de
puis une vingtaine d’années. Il
est depuis douze ans au service
des pénitenciers. Ils se sont faits
les guides des visiteurs d’hier.

Si notre rôle se borne au reportage.
compte tenu que notre
mission n’est pas d’apporter des
conclusions, nous pouvons touts fois ajouter au bénéfice de
nos lecteurs, après avoir eu l’avantage
depuis le 15 décembre
de visiter successivement l’institution
pénitenciaire de Joyceville,
près de Kingston, Ontario;
la prison de Montréal, à Bordeaux:
le pénitencier de St Vincent-deTaul; le Centre fédéral
de formation et le Camp de prélibéralion de Vallyfield, le témoignage
de notre conviction
profonde dans le succès de redressement
des prisonniers one
laissent anticiper les initiatives
nouvelles du ministère de la justice.

Ces initiatives, ces formules n’ont rien à envier à celles qui
sont préconisées dans n’autres pays la société ne pourra en
définitive qu’en bénéficier largement.
La tâche à accomplir
reste immense toutefois et reqiuert
la sympathie agissante de tous les Canadiens, particulerement quand il s’agit de l’accueil
el de la confiance à accorder
aux ex-détenus.

A la suite du rapport Fauteux.
la Commission nationale des
moyens de rendressement des
prisonniers doit bientôt faire
rapport au ministre de la justice. Ce rapport n’est nas nécessairement d’ordre public, mais
nous pouvons croire quo ‘es conchi’ions
et rcrommandatinns seront
communiquées dans un peu plus d’un mois, aux média d’information.

Read Full Post »